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The Silent Sea : un thriller sud-coréen lunaire et écolo

Publié le

par Adrien Delage

La nouvelle série sud-coréenne de Netflix est un thriller SF plutôt bien ficelé et produit, mais au final assez classique.

The Silent Sea : un thriller sud-coréen lunaire et écolo

Ⓒ Netflix

Cette année, les productions sud-coréennes ont explosé sur Netflix. Pourtant, la plateforme diffuse déjà depuis plusieurs années des soap locaux, plus communément appelés K-drama, mais c’est bien la diversité des genres et des propositions qui a séduit le public en 2021. Le battle royal avec Squid Game, le thriller fantastique avec Hellbound, la série mafieuse avec My Name… Le catalogue de Netflix s’est enrichi d’œuvres sud-coréennes pour exploser tous les records d’audience et s’attirer toujours plus d’abonnés. Pour conclure l’année, le géant américain a mis en ligne une nouvelle pépite produite au Pays du matin calme, The Silent Sea.

La série est basée sur le court-métrage The Sea of Tranquility de Choi Hang-yong sorti en 2014. Ce dernier a coécrit l’adaptation aux côtés d’Eun-kyo Park, une scénariste qui a notamment travaillé avec Bong Joon-ho sur le film Mother. The Silent Sea se déroule dans un futur proche, où l’humanité est menacée d’extinction avec la disparition de l’eau potable. Les fleuves et les océans s’assèchent à grande vitesse, si bien que les humains meurent à cause de la sécheresse ou des eaux contaminées. Désormais, la population est hiérarchisée selon leur accès à l’eau potable via des sortes de cartes bancaires, agrandissant les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres.

Pour échapper à l’extinction, les humains se tournent vers l’espace et notamment la Lune qui commence à être colonisée. L’agence spatiale sud-coréenne décide d’envoyer une équipe sur une base lunaire abandonnée afin de récolter une mystérieuse substance, possiblement salvatrice pour l’humanité. Mais les 113 membres de cette station sont morts dans des circonstances inconnues, rendant la mission périlleuse pour la docteure Song et le reste de l’équipage. Une fois sur place, ils vont découvrir un danger encore plus grand que celui qui les attend sur Terre.

Séoul, nous avons un problème

Ⓒ Netflix

Au-delà du cosmos, des trous noirs et autres supernovas, l’espace fascine le cinéma et les séries depuis la nuit des temps. Mais il n’y a pas toujours besoin d’un voyage interstellaire pour voyager parmi les étoiles. Notre satellite est une source inépuisable d’idées pour les scénaristes du monde entier, qui plus est crédible en termes de possibilité puisque l’Homme y a déjà posé le pied. Si elle éclaire toujours la nuit quand les autres lumières sont éteintes, la Lune est paradoxalement considérée le plus souvent comme une menace au septième art : elle s’écrasera bientôt sur Terre dans Moonfall de Roland Emmerich, les nazis y cachent des bases secrètes (le nanar Iron Sky), elle crée des hallucinations et des sentiments de paranoïas chez ses visiteurs (Moon de Duncan Jones)…

The Silent Sea, dont le titre fait d’ailleurs référence aux mers lunaires provoquées par des météorites et des coulées de lave sur le petit astre, prend pour une fois une direction opposée. Ici, la Lune est perçue comme le dernier espoir de l’humanité, alors même que la substance en question n’a pas été proprement identifiée par l’ASA, l’équivalent de la Nasa en Corée du Sud. Une mission suicide, qui cache en réalité un message écolo intéressant sur les ressources naturelles de notre planète. Au final, la série nous apprend que les Hommes ne font que déplacer le problème sans s’attaquer à sa source, un thème dystopique récurrent dans les productions sud-coréennes (la hiérarchie sociale dans Squid Game, la montée des extrêmes dans Hellbound…).

Ⓒ Netflix

Malgré tout, la série reste calibrée pour du visionnage boulimique à la Netflix. Elle effleure cette thématique dans ses premiers épisodes avant de se concentrer davantage sur le mystère lunaire et les membres de l’équipage. De ce côté-là, le cast assure. Avec en tête d’affiche Gong Yoo (Dernier train pour Busan) et Bae Doo-na (Sense8), deux interprètes charismatiques et très expressifs, The Silent Sea nous plonge rapidement dans les tourments de ses personnages dépassés par les événements. Un sentiment d’introspection renforcé par une belle utilisation des silences sur la lune, source de séquences paranoïaques et haletantes qui sont visuellement très réussies.

En revanche, tout n’est pas parfait du côté de la production value. On sent que le budget est limité du côté des effets spéciaux, pas toujours au niveau dans les séquences d’action. Si les décors lunaires et la perte de gravité sont retranscrits de manière crédible à l’écran, la scène d’alunissage (enfin, de crash) pâtit d’un manque d’ambition artistique. Rien qui ne viendra non plus perturber l’immersion dans cet univers pré-apocalyptique, mais c’est un défaut assez récurrent dans ce genre de fictions.

Au final, The Silent Sea ne réinvente pas la roue mais offre une nouvelle fois aux abonné·e·s Netflix une série sud-coréenne authentique et prenante, qui continue de voyager entre les genres. Contrairement à Squid Game et Hellbound, elle devrait rester à l’état de mini-série, mais rien n’est jamais impossible avec Netflix.

La première saison de The Silent Sea est disponible en intégralité sur Netflix.

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