AccueilCritique

H24, la série manifeste contre les violences sexistes et sexuelles qui prend aux tripes

Publié le

par Delphine Rivet

24 autrices. 24 actrices. 24 heures dans la vie des femmes.

H24, la série manifeste contre les violences sexistes et sexuelles qui prend aux tripes

© Arte

Ceci n’est pas une série comme les autres. C’est un cri. Rassemblées autour de Nathalie Masduraud et Valérie Urrea, 24 autrices et autant d’actrices ont versé, dans chacun de ces 24 épisodes, toutes leurs tripes. Et, puisque c’est une œuvre diffusée sur Arte (depuis le 23 octobre sur leur plateforme et ce 8 décembre à partir de 23 h 30), ces femmes et ces récits nous viennent de France bien sûr, mais aussi du Royaume-Uni, du Groënland, d’Italie, d’Espagne, d’Allemagne ou encore de la Finlande. Dans H24, elles nous racontent des histoires, d’une banalité révoltante, mais auxquelles toutes les femmes ont été confrontées, pour certaines de façon régulière.

Il y est question de revenge porn, de violences conjugales, de harcèlement sexuel, de déni de grossesse… Pour Nathalie Masduraud, H24 est "un appel à la résistance". Car si tous ces morceaux de quotidien semblent familiers, c’est aussi parce qu’ils sont tous tirés de faits réels dont la presse s’est fait l’écho. On se souvient, notamment, de cette vidéosurveillance ayant fait le tour des réseaux sociaux le 24 juillet 2018, dans laquelle Marie Laguerre est frappée par son harceleur, auquel elle avait courageusement tenu tête quelques secondes avant. Son témoignage avait alors déclenché une vague de protestations et ouvert la conversation sur le harcèlement de rue.

Si le titre complet est H24 – 24 heures dans la vie d’une femme, il serait plus juste de dire "dans la vie des femmes", notamment parce que toutes ne subissent pas le racisme, et on pourrait même ajouter que toutes ne subissent pas, par-dessus le sexisme, le validisme, la transphobie, l’homophobie… Mais toutes les histoires qui traversent cette série poignante sont hélas bien trop ordinaires pour beaucoup d’entre nous.

Les mots, perçants comme des poignards, assénés dans ces courts-métrages viennent remplacer ceux qui nous manquent parfois pour décrire notre dégoût, notre rage, notre honte, notre désespoir face à ces situations quotidiennes. Les autrices ont mis en lumière cette souffrance et leurs textes continuent de nous hanter plusieurs heures après le visionnage. Les victimes, ici, s’autorisent à dire "je". Chaque épisode devient un espace où elles peuvent s’emparer de ces mots, se raconter de façon intimiste. Cette parole se fait alors poésie. Un slam qui part du fond du bide pour nous exploser à la figure.

Si les hommes sont muets dans cette série, c’est parce qu’ici, seule la voix des femmes compte. Ce sont elles qui reprennent, dans leur bouche, les mots de leurs agresseurs, harceleurs et bourreaux, comme pour en aspirer le venin. Les regards caméra empêchent toute distanciation et nous prennent à témoin. Le visionnage est difficile, mais nécessaire. Ce qui aide, un peu, c’est que ces histoires, qui tiennent en trois minutes, sont de véritables œuvres artistiques et politiques.

La mise en scène, elle aussi assurée par des femmes, est à la fois pudique et marquante, tant elle expose le pire des violences sexistes et sexuelles sans jamais perdre de vue celles qui les subissent. On a alors envie de hurler à chaque contraction avec Susana Abaitua dans "Dommage !", de péter un truc avec Déborah Lukumuena dans "Le Cri défendu", de se cacher de honte face à Marco dans "Fantôme", ou de vomir avec Camille Cottin qui nous raconte sa "Nuit rouge".

© Arte

Ces femmes, qui ont si bien su mettre en images et en mots les violences sexuelles et sexistes, en replaçant au centre de l’histoire, en tant que sujet, celles qui en sont les premières victimes, on tient à toutes les citer. Elles sont comédiennes : Diane Kruger, Souheila Yacoub, Elina Löwensohn, Céleste Brunnquell, Marilyne Canto, Déborah Lukumuena, Charlotte de Bruyne, Anaïs Demoustier, Tallulah Burns, Annabelle Lengronne, Noémie Merlant, Valeria Bruni Tedeschi, Kayije Kagame, Garance Marillier, Sveva Alviti, Florence Loiret Caille, Camille Cottin, Grace Seri, Galatéa Bellugi, Marco, Romane Bohringer, Susana Abaitua, Luàna Bajrami, Aloïse Sauvage, Agnieszka Zulewska, Nadège Beausson-Diagne.

Elles sont autrices et écrivaines : Angela Lehner, Alice Zeniter, Sofi Oksanen, Siri Hustvedt, Lydie Salvayre, Jo Güstin, Lize Spit, Lola Lafon, Kerry Hudson, Fabienne Kanor, Myriam Leroy, Ersi Sotiropoulos, Agnès Desarthe, Anne Pauly, Nadia Busato, Blandine Rinkel, Kaouther Adimi, Christiane Taubira, Niviaq Korneliussen, Monica Sabolo, Rosa Montero, Chloé Delaume, Aloïse Sauvage, Grazyna Plebanek. Elles sont réalisatrices : Nathalie Masduraud et Valérie Urrea, Nora Fingscheidt, Clémence Poésy, Charlotte Abramow, Marie-Castille Mention-Schaar, Ariane Labed, Elsa Amiel, Émilie Brisavoine, Sandrine Bonnaire.

Si vous êtes témoin ou victime de violence sexiste ou sexuelle, le 3919 est un numéro d’écoute anonyme et gratuit, joignable 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. En cas de danger immédiat, appelez la police, la gendarmerie ou les pompiers en composant le 17 ou le 18.

Retrouvez tous les épisodes de H24 sur Arte.tv.

À voir aussi sur biiinge :